L’hésitation entre « toutes les deux » et « toute les deux » revient régulièrement dans les échanges écrits, des courriels professionnels aux messages personnels. La confusion tient à un seul mécanisme grammatical : l’accord du mot « tout » placé devant un déterminant et un nom (ou un pronom). Comprendre ce mécanisme suffit à trancher dans tous les cas de figure, y compris ceux que les correcteurs automatiques laissent parfois passer.
Accord de « tout » devant un déterminant : le nœud grammatical
Le mot « tout » fonctionne ici comme un prédéterminant. Il se place devant un autre déterminant (« les », « mes », « ces ») et forme un bloc avec le nom ou le pronom qui suit. Ce bloc impose un accord en genre et en nombre.
Quand le nom ou le pronom désigne deux éléments féminins, « tout » prend la marque du féminin pluriel : on écrit « toutes les deux », jamais « toute les deux ». La forme « toute » est du féminin singulier, elle ne peut pas précéder « les deux », qui est pluriel.
Le même principe s’applique au masculin. On écrit « tous les deux » et non « tout les deux », parce que « les deux » appelle le pluriel. La forme « tout » sans -s est soit un adverbe (invariable dans certains contextes), soit un singulier, mais elle ne convient pas devant « les » suivi d’un nombre.

Pourquoi « toute les deux » persiste dans les écrits
L’erreur ne vient pas d’une méconnaissance de la règle du pluriel. Elle vient de la prononciation. À l’oral, la liaison entre « tout(es) » et « les » masque souvent le -s ou le -es final. On entend /tut.le.dø/ sans distinguer clairement si le mot se termine par -e ou par -es.
Ce brouillage phonétique touche davantage le féminin que le masculin. Au masculin, la différence entre « tout » /tu/ et « tous » /tus/ est plus nette grâce à la liaison avec « les » qui produit un /z/. Au féminin, « toute » et « toutes » se prononcent de façon quasi identique devant « les », ce qui explique la fréquence plus élevée de la faute « toute les deux ».
Les correcteurs orthographiques récents détectent généralement bien cet accord simple. En revanche, les guides comparatifs sur ces outils signalent que les accords en contexte et les homophones restent des points faibles, même sur les versions les plus récentes. Une phrase un peu longue ou une tournure indirecte peut faire passer l’erreur inaperçue.
Tableau récapitulatif : « tout » devant « les deux »
| Genre | Forme correcte | Forme fautive | Exemple |
|---|---|---|---|
| Masculin | tous les deux | tout les deux | Ils sont partis tous les deux. |
| Féminin | toutes les deux | toute les deux | Elles arrivent toutes les deux demain. |
Le tableau met en évidence le parallélisme : la logique est la même quel que soit le genre. Le déterminant « les » impose le pluriel à « tout ».
Distinguer « tout » adverbe et « tout » déterminant
Une partie de la confusion vient du fait que « tout » peut aussi être adverbe, et dans ce cas il reste souvent invariable. Quand « tout » signifie « entièrement » ou « complètement », il modifie un adjectif ou un autre adverbe.
- Adverbe : « Elles sont tout étonnées » (tout = entièrement). Devant un adjectif féminin commençant par une voyelle, l’adverbe reste invariable.
- Adverbe avec exception : « Elles sont toutes contentes » (tout = entièrement, mais devant un adjectif féminin commençant par une consonne, l’usage impose l’accord).
- Prédéterminant : « Toutes les deux sont arrivées » (tout = la totalité, accord obligatoire avec le nom ou pronom).
Dans l’expression « toutes les deux », « tout » n’est pas adverbe. Il détermine « les deux », qui fonctionne comme un groupe nominal. L’accord en genre et en nombre est donc systématique, sans exception.
Un test simple pour ne plus hésiter
Remplacez mentalement « les deux » par un nom féminin pluriel ou masculin pluriel. Si vous écririez « toutes les filles » sans hésiter, alors vous écrivez « toutes les deux ». Si vous écririez « tous les garçons », alors « tous les deux ». Le mécanisme est identique.

Rôle de la norme institutionnelle sur l’accord de « tout »
La règle d’accord de « tout » ne repose pas sur un usage flottant. L’Académie française, dans son rôle de fixation de la langue, intègre ces formes dans son Dictionnaire. Les graphies retenues deviennent la référence dans les textes administratifs français via leur publication au Journal officiel.
Ce cadre institutionnel explique pourquoi la forme « toutes les deux » est la seule admise dans un registre soigné. Il ne s’agit pas d’une préférence stylistique mais d’une norme appuyée par un processus de validation officiel, qui s’impose dans la rédaction professionnelle, administrative et éditoriale.
Les variantes comme « toute les deux » ne figurent dans aucun dictionnaire de référence ni dans aucune grammaire descriptive comme forme acceptable. À l’inverse de certains débats orthographiques où deux graphies coexistent (comme le genre du mot « après-midi »), il n’y a ici aucune zone grise.
L’accord de « tout » devant « les deux » suit une mécanique régulière que la prononciation rend moins évidente au féminin qu’au masculin. Le test de substitution par un nom pluriel lève l’ambiguïté en une seconde. Quand vous écrivez à la hâte et que le doute surgit, ce réflexe reste plus fiable qu’un correcteur automatique, qui peut laisser passer l’erreur dans une phrase complexe.

