Le Manneken Pis de Bruxelles mesure 55,5 cm de hauteur. Cette sculpture en bronze, plus petite qu’un nourrisson réel, représente pourtant l’un des symboles les plus photographiés d’Europe. Qu’est-ce qui explique qu’une ville choisisse un enfant qui urine comme emblème, et comment cette statue a-t-elle traversé les siècles entre vols, légendes et instrumentalisation politique ?
Manneken Pis en chiffres : chronologie et données clés de la statue de Bruxelles
| Donnée | Détail |
|---|---|
| Première mention documentée | Avant 1451 (version originale en pierre) |
| Version actuelle (bronze) | 1619, attribuée à Jérôme Duquesnoy l’Ancien |
| Hauteur | 55,5 cm |
| Matériau | Bronze |
| Nombre de costumes accumulés | Plus d’un millier |
| Pendants | Jeanneke-Pis et Zinneke-Pis |
| Localisation | Angle des rues de l’Étuve et du Chêne, Bruxelles |
Ce tableau fait ressortir un écart frappant : la statue originale existait déjà au milieu du XVe siècle, mais la version en bronze que les touristes voient aujourd’hui date du début du XVIIe siècle. Entre ces deux dates, la fontaine a changé de forme, de fonction et de signification.
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Légendes du Manneken Pis : pourquoi plusieurs récits contradictoires coexistent
Les sources historiques montrent qu’au moins trois récits circulent autour de l’origine de la statue, chacun servant un objectif narratif différent.
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La légende du duc Godefroid et du berceau
Selon ce récit, un jeune duc aurait été suspendu dans un berceau à un arbre pendant une bataille, et aurait uriné sur les troupes ennemies depuis les hauteurs. Cette version rattache la statue à la noblesse bruxelloise et à l’idée d’une résistance enfantine face à l’envahisseur.
L’enfant et la mèche allumée
Une autre version raconte qu’un petit garçon aurait éteint, par son jet, une mèche destinée à faire exploser les remparts de la ville. La statue incarnerait alors un acte de bravoure accidentel qui aurait sauvé Bruxelles. Ce récit est le plus populaire dans la culture orale belge.
Le fils d’un bourgeois retrouvé
Troisième variante : un père riche aurait perdu son fils pendant plusieurs jours et l’aurait retrouvé en train d’uriner au coin d’une rue. Reconnaissant, il aurait commandé une fontaine. Cette légende, moins héroïque, ancre la statue dans le quotidien bruxellois plutôt que dans le mythe guerrier.
Aucune de ces trois versions ne dispose de preuves documentaires solides. Les légendes fonctionnent comme des récits identitaires, adaptés au public et à l’époque. La coexistence de plusieurs histoires, loin d’être un problème, alimente le mystère qui fait la réputation de la fontaine.
Vols et disparitions de la statue : une histoire mouvementée depuis le XVIIIe siècle
La statue a été volée à plusieurs reprises, et chaque vol a renforcé son statut de symbole.
- En 1817, un ancien forçat a tenté de la voler et l’a brisée en morceaux. La statue a été reconstituée à partir des fragments retrouvés.
La statue exposée dans la rue est aujourd’hui une copie. L’original reconstitué est conservé au Musée de la Ville de Bruxelles, dans la Maison du Roi, sur la Grand-Place. Cette information surprend la plupart des visiteurs qui pensent contempler le bronze de 1619.

Costumes du Manneken Pis : un outil de diplomatie et de communication civique
La garde-robe du Manneken Pis dépasse le folklore. Avec plus d’un millier de tenues recensées, le rituel d’habillage est devenu un levier de visibilité pour des associations et des institutions.
Un habilleur officiel (Official Dresser) coordonne les cérémonies. Depuis quelques années, le rythme de nouvelles tenues s’est accéléré. En février 2024, la statue a porté le costume de la Fondation 112 pour promouvoir le numéro d’urgence européen. Des clubs sportifs, des causes de santé et des événements caritatifs obtiennent régulièrement une date pour habiller la statue.
Ce mécanisme transforme une fontaine du XVe siècle en support de communication contemporain. Chaque costume représente une négociation avec la Ville de Bruxelles, qui valide les demandes selon un calendrier précis. Les pays étrangers offrent aussi des tenues nationales, ce qui donne à la statue une dimension diplomatique que peu de monuments possèdent.
Manneken Pis et représentation féminine : Jeanneke-Pis, un pendant tardif et contesté
Le Manneken Pis est masculin, et ce choix n’est pas anodin dans une ville qui s’interroge sur la représentation des femmes dans l’espace public. Une statue féminine, Jeanneke-Pis, a été installée dans l’impasse de la Fidélité, à quelques centaines de mètres.
La comparaison entre les deux statues révèle un déséquilibre. Le Manneken Pis bénéficie d’un emplacement ouvert, d’une fontaine intégrée et d’une garde-robe officielle. Jeanneke-Pis, en revanche, est placée derrière une grille dans une impasse étroite, sans programme de costumes comparable.
Le débat sur les statues de femmes dans les villes belges a pris de l’ampleur récemment. Bruxelles compte nettement plus de statues masculines que féminines dans ses rues, et le contraste entre les deux Pis illustre cette disproportion de manière concrète.
Le Manneken Pis fonctionne comme un condensé de l’identité bruxelloise : autodérision, sens du symbole décalé, capacité à transformer un objet modeste en icône internationale. La statue de 55,5 cm attire chaque année des foules considérables.
Le fait que la version originale ne soit plus dans la rue, que personne ne connaisse avec certitude l’origine de la fontaine, et que son usage principal soit désormais d’enfiler des costumes pour des causes variées, résume assez bien le rapport de Bruxelles à ses propres symboles.

